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Pleins feux sur la goutte

La goutte est une forme d'arthrite causée par l'accumulation d'acide urique dans l'organisme. Normalement, l'acide urique est filtré par les reins et excrété dans l'urine. Chez la plupart des personnes souffrant de goutte, les reins n'arrivent pas à éliminer adéquatement l'acide urique alors que chez une minorité, l'organisme produit trop d'acide urique. À la longue, des taux élevés d'acide urique dans le sang entraînent la formation de cristaux qui se déposent sur les articulations et parfois même sur les tendons et sous la peau, causant de la douleur, parfois sévère, et de l'inflammation dans les zones affectées.

La goutte affecte environ une personne sur 30, et touche jusqu'à neuf fois plus d'hommes que de femmes. Bien qu'elle puisse frapper à tous âges, la goutte cible plus fréquemment les hommes de plus de 40 ans et les femmes ménopausées.

Certains groupes sont plus susceptibles d'être atteints un jour de goutte. Des antécédents dans la famille augmentent sensiblement les risques d'en être atteint de même que certains troubles médicaux comme l'hypertension, le diabète et l'artériosclérose (épaississement des artères).

Certaines habitudes de vie, comme la consommation d'alcool (plus d'un verre par jour pour une femme et plus de deux pour un homme, la bière étant particulièrement nocive) et la consommation excessive de certains types d'aliments prédisposent à la goutte. Un excès de viande rouge, d'abats (foie, rognons, cervelle), de mollusques et de crustacés est à proscrire.

Diagnostiquer la goutte

Généralement, la première crise de goutte est aussi inattendue que sévère. Le plus souvent, les premiers signes sont :
  • Douleur intense, limitée habituellement à une articulation, le plus souvent celle du gros orteil, mais les pieds, les chevilles, les genoux, les mains et les poignets peuvent être également touchés.
  • Gonflement, chaleur et rougeur d'une ou de plusieurs articulations.
  • Fièvre, dans les cas graves.

Les premières douleurs surviennent souvent la nuit. La victime d'une crise de goutte qui pourtant s'était mise au lit en bonne santé est réveillée par une douleur intense. Cette douleur peut s'intensifier au point de ne pouvoir supporter le poids de la couverture sur la zone affectée.

La plupart du temps et contrairement à d'autres formes d'arthrite comme la polyarthrite rhumatoïde où plusieurs articulations sont touchées simultanément, la goutte n'affecte au début qu'une articulation à la fois.

En se fondant sur la description par le patient de ses premiers symptômes et de la sensation de douleur et de gonflement qu'il éprouve, le médecin pourra suspecter la goutte après un examen de l'articulation touchée.

L'arthrocentèse (ou ponction articulaire) est la méthode la plus fiable pour confirmer un diagnostic de goutte. Sous anesthésie locale, une petite quantité de liquide articulaire est prélevée à la seringue puis analysée pour détecter la présence de cristaux d'acide urique. Des analyses sanguines peuvent également être effectuées pour obtenir la concentration d'acide urique dans le sang. Toutefois, ces analyses sont moins fiables que l'arthrocentèse.

Traiter la goutte

Lorsque le diagnostic est confirmé, plusieurs méthodes simples et efficaces peuvent vous aider à en gérer les symptômes. Bien qu'on ne puisse guérir la goutte, les personnes affectées arrivent habituellement à bien gérer les symptômes et surtout, à éviter les attaques par la prise de médicaments et la modification de leurs habitudes de vie.

Des stratégies impliquant le régime alimentaire, le mode de vie et les médicaments préviennent les attaques aiguës de goutte.

Il suffit parfois de simples modifications au régime alimentaire pour réduire les taux d'acide urique dans l'organisme. Les personnes atteintes de goutte devraient éviter les aliments riches en purine, une substance qui se transforme en acide urique dans l'organisme. La viande rouge et la plupart des fruits de mer en contiennent, mais ce sont surtout les abats, comme le foie, les rognons, la cervelle et les crustacés qui sont riches en purine.

La consommation d'alcool, particulièrement la bière et les spiritueux, a une incidence sur l'augmentation de l'activité de la maladie. Si vous êtes atteint de goutte, discutez franchement et honnêtement de votre consommation d'alcool avec votre médecin. Une consommation modérée de vin n'a vraisemblablement pas d'incidence néfaste.

Pour rester dans le même propos, il est important pour les personnes atteintes de goutte d'éviter la déshydratation suite à la consommation d'alcool, par exemple, la chaleur ou les longs trajets. Elles doivent s'assurer de boire suffisamment d'eau.

Le maintien d'un poids santé est un autre élément important d'un plan de traitement équilibré contre la goutte. Chez les personnes souffrant d'embonpoint, la perte de poids peut limiter les risques de crises récidivantes. C'est pourquoi les personnes atteintes de goutte et présentant un surplus de poids devraient suivre un programme d'amaigrissement intégrant un régime alimentaire réduit en calories et de l'aérobie. Pour des suggestions pour perdre du poids, consultez l'article " Arthrite et perte de poids " du numéro de décembre 2006 du Mensuel JointHealth™.

Plusieurs types de médicaments sont utilisés dans le traitement et la gestion de la goutte. Parmi ceux-ci, notons les analgésiques, les médicaments réduisant l'inflammation et les médicaments utilisés entre les périodes de regain d'activité de la maladie pour prévenir les crises. Il est important de noter que les personnes atteintes de goutte se verront fort probablement conseiller d'éviter les médicaments contenant de l'acide acétylsalicylique (ASA, Aspirin®) puisque l'ASA peut diminuer ou interférer avec le processus d'élimination de l'acide urique par les reins. Bien sûr, on peut quand même avoir recours à l'ASA lorsque d'autres raisons médicales l'exigent. D'autres médicaments, comme les diurétiques (diurétiques thiazidiques) sont reconnus pour exacerber la maladie.

Pendant une crise de goutte, certaines personnes trouvent un soulagement en se reposant et en surélevant l'articulation affectée. L'application de glace peut également soulager la douleur et réduire l'inflammation.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont communément utilisés dans le traitement de la goutte. Il s'agit de médicaments puissants qui peuvent réduire l'inflammation et la douleur mais ne peuvent prévenir les dommages articulaires. En de rares cas, les AINS ont également des effets secondaires cardiovasculaires, rénaux et gastro-intestinaux, comme les ulcères d'estomac. Il est donc important d'en discuter avec votre médecin avant d'ajouter un AINS à votre plan de traitement.

Certains AINS, comme l'ibuprofène (Motrin® ou Advil®) sont disponibles en vente libre. D'autres plus puissants comme le naproxène (Naprosyn®) exigent une ordonnance. L'indométhacine (Indocid) est l'AINS le plus puissant utilisé pour traiter la goutte.

Les inhibiteurs de la Cox2 constituent une classe récente d'AINS. Ils réduisent l'inflammation sans risque d'effets secondaires gastro-intestinaux. La célécoxibe (Celebrex) en est un bon exemple. Bien que les inhibiteurs de la Cox2 comportent moins d'effets secondaires gastro-intestinaux, la recherche a démontré qu'ils comportent autant et même plus de risques d'entraîner des effets cardiovasculaires (cœur) comparés aux AINS traditionnels. L'utilisation de la célécoxibe pour traiter la goutte relève d'un usage " sans mention sur l'étiquette ".

On peut avoir recours aux corticostéroïdes comme la prednisone pour traiter la goutte. Toutefois, le risque d'effets secondaires limite la durée d'un tel recours. L'injection d'un corticostéroïde, ou injection de " cortisone ", est souvent une façon plus sécuritaire de traiter la goutte affectant une articulation seulement.

La colchicine est un médicament utilisé contre la goutte depuis des millénaires. Elle réduit l'inflammation lors de crise. Toutefois, elle comporte un effet secondaire déplaisant, soit la diarrhée.

Après la fin d'une crise de goutte, différents types de médicaments peuvent entrer en action pour réduire le taux d'acide urique dans l'organisme, prévenir d'autres crises et les dommages articulaires à long terme. Certains de ces médicaments facilitent l'excrétion d'acide urique dans l'urine ou en empêche la surproduction. Parmi ces médicaments, le probénicide (Benemid®), le sulfinpyrazone (Anturane®) et l'allopurinol (Zyloprim®). L'allopurinol est le médicament le plus communément utilisé dans la prévention de crises. Ce groupe de médicaments est presque toujours utilisé une fois la crise résolue. Pour des raisons encore inconnues, ces médicaments peuvent exacerber l'inflammation pendant une crise aiguë de goutte.